Le Scout Maurice Chauvet :
par Daniel Petit, scout.
Maurice CHAUVET nous a quittés le 21 mai 2010, il était par excellence de ces Scouts Français Anciens Combattants que l’Association se propose de rassembler .
Un « ancien scout », ça n’existe pas. « scout » est un qualificatif : on est scout pour toujours en respectant fidèlement des valeurs librement choisies le jour de la Promesse. C’est ce qu’a été Maurice, garçon de parole, droit, fraternel, généreux, fidèle autant qu’efficace.
Il découvre le scoutisme au camp interfédéral voulu par le Maréchal Lyautey pour accueillir les garçons visitant l’Exposition Coloniale de 1931. Il a alors 13 ans. Devenu Routier, il intègre l’équipe Colbert (organisation des manifestations, rassemblements, pèlerinages, jamborees à l’échelon national), fait son « départ » en 1936 et la préparation militaire au Clan de Maud’huy, habilité à cet effet. Scout Marin en 1939, il choisit cette arme pour son service militaire.
C’est sur le croiseur Georges Leygues qu’il apprend avec consternation la capitulation de l’armée française. Les Anglais n’ont pas déposé les armes. Malgré Mers el Kébir, il les rejoint pour continuer le combat jusqu’à la libération de la France . Une détermination sans faille, un courage de tous les instants lui seront nécessaires pour faire face aux épreuves qui l’attendent .
A la veille de son arrestation, son invraisemblable périple commence par un embarquement pour le Dahomey, avec l’espoir de rejoindre ensuite un territoire contrôlé par les Alliés. Surveillé à bord, il parvient à s’échapper avec deux camarades et tente de rejoindre Gibraltar à la rame. Après 6 jours de mer, ils sont arraisonnés par les Espagnols, interrogés, emprisonnés et pour finir, incarcérés en décembre 1941 au camp de Miranda de Ebro, de triste réputation . Dans des conditions inhumaines, il y passera 467 jours (… 15 mois !), durant lesquels il ne succombera jamais au découragement et au désespoir, donnant le meilleur de lui-même au clan routier (clan de l'Étape) dont il a été l’un des fondateurs. C’est en venant en aide aux plus malheureux, en réconfortant les uns, soignant les autres, partageant et organisant la mise en commun, appelant à se serrer les coudes qu’il a tenu durant cette interminable captivité. Libéré fin mars 1943, gagner l’Angleterre ne se fera pas sans mal et ce n’est qu’au mois de juin qu’il y parvient. Il aura mis 2 ans et demi pour faire Paris-Londres !
Sa force de caractère et sa détermination sont telles qu’il arrive à ses fins. Malgré les épreuves de l’internement, qui ont mis à mal son état physique, il se porte volontaire pour les Commandos des Forces Navales Françaises Libres. Fort de réussir, il affronte en gagneur les tests sélectifs, l’entrainement particulièrement sévère du centre d’Achnacarry et enfin les raids destinés à évaluer les défenses côtières ennemies. Au jour J, il sera «prêt» et pour cela, il sait que ces épreuves sont le lourd prix à payer par ceux qui auront le redoutable honneur de délivrer leur Patrie. Tout ce qu’il accepte, ce n’est pas avec résignation mais bien avec la foi en la victoire finale .
On a beaucoup écrit sur ce jour J, sur l’attente anxieuse dans les LCI au large des côtes de France, sur les plages de débarquement sous un déluge de feu, sur les camarades qui tombent à vos côtés et les blessés auxquels on voudrait consacrer un instant mais qu’il faut quitter pour aller de l’avant, sur les missions qu’il faut remplir sans se poser de questions, sur le moment ou, à son tour meurtri dans sa chair, on attend sous le feu infernal la venue problématique de brancardiers … De tout cela , il ne tire aucun orgueil, aucun galon, aucune récompense que celle du devoir accompli comme il l’a demandé souvent dans la prière scoute .
Rendu à la vie civile après avoir eu la joie d’entrer en libérateur dans Paris sur la première Jeep envoyée en éclaireur, il ne quémandera aucun honneur. Mettant à profit un certain talent littéraire, c’est en pensant à ses camarades disparus qu’il écrira leur commune odyssée, pour que leur sacrifice ne tombe jamais dans l’oubli .
La fidélité de Maurice au scoutisme a toujours été concrète : à Miranda ce fut ce magnifique clan d’entraide et d’espérance qu’il organisa. A Londres, ses rares permissions de commando-marine furent pour servir à la Maison du Scoutisme. Après la guerre, il ne laissa jamais passer une occasion pour se mettre à la disposition du mouvement : comme l’organisation en 1968 , par l’Onera où il travaillait, d’un extraordinaire camp-exposition sur l’Espace (salon de l’Avenir du Bourget), à l’intention de 20.000 Pionniers Scouts de France. Il était un fidèle des cérémonies de Thorey en souvenir du Maréchal Lyautey. Sa générosité, pour le Musée du Scoutisme puis pour le Centre (Scouts et Guides de France) de Documentation et d'Archives de Lorraine de Bainville, a été jusqu’au dépouillement matériel volontaire et total de ce qui lui tenait à cœur .
S’il a vécu plus que beaucoup de ses compagnons, c’est qu’il avait encore une épreuve à accepter : celle de l’infirmité et de la dépendance. Elle ne fut pas la moins lourde à assumer, dans l’humilité et l’obscurité !
Aujourd’hui, Maurice, tu peux mettre sac à terre et trouver enfin la paix des braves tant méritée, ta mémoire restera gravée dans nos cœurs .
Daniel Petit.
L'insigne du commando dessiné
par Maurice Chauvet
Monument aux commandos Achnacarry
(source) :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Achnacarry
Prêt pour le défilé
sur les Champs Elysées
de la Saint Georges 2003
L'adieu de ses frères d'armes
en présence du drapeau scout
Ses Décorations